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Le voyage de Désiré à Val-Brillant avec son bénévole jumelé

2 juin 2015

Souvent, les Vieux Amis rêvent de retourner dans leur ville natale, « pour une dernière fois ».
Grâce au programme Rêve d’aînés, ces rêves peuvent se réaliser.

L’intrépide récit relatant cette virée à Val-Brillant en Gaspésie, fut d’autant plus riche puisque Désiré, un Vieil Ami des Petits Frères de Québec, a fait cet important voyage avec son bénévole jumelé, Francis Masse, qui le visite depuis plus d’un an.

icone radioÉcoutez aussi M. Masse, bénévole, témoigner de son expérience chez les Petits Frères et de son périple à Val-Brillant à l’émission de radio, Présent au bonheur (à partir de 34e minute)

 

Désiré attend le service de valet, sur la galerie du B&B, sur la rue principale de Val-Brillant.

Désiré attend le service de valet, sur la galerie du B&B, sur la rue principale de Val-Brillant.

 

Découvrez l’histoire de Désiré Bélanger à Val-Brillant, racontée par Francis Masse, bénévole chez les Petits Frères.

Désiré, mon Vieil Ami, est un homme riche de ses souvenirs. J’aime l’écouter me raconter les histoires de sa première vie, comme il dit lui-même (Désiré a été victime, à 32 ans d’un grave accident d’auto qui a littéralement changé sa vie).

 

Val-Brillant, des souvenirs de jeunesse

Dans le répertoire des histoires de Désiré, celles qui relatent sa vie et celles de sa famille à Val-Brillant, petit village de la vallée de la Matapédia, sont certainement les plus chargées d’émotions et de détails, riches en vécu.

Un bel après-midi, alors que je lui rendais visite dans sa chambre de la résidence, je me passai la réflexion à voix haute : « Je ne connais pas ça, moi, Val-Brillant. Il faudrait bien que je passe par là, un bon jour, pour aller voir cela ». La réaction de mon Vieil Ami, alors, m’a foudroyé dans son fauteuil (Désiré m’offre toujours son fauteuil quand je le visite), figé de surprise : « Je veux y aller avec toi ».

 

Je viens avec toi!

Val-Brillant_6Holà ! Sur le coup, j’ai pris cela comme une farce. Ce petit être toussotant, titubant derrière sa marchette ou dodelinant sur sa canne à quatre pieds, ne correspond pas à l’image du compagnon de voyage standard pour le cycliste et backpacker que je suis. Je n’y croyais pas du tout. Jovial bénévole, je veux bien, mais G.O. (« Geriatric Organiser » excusez-là.) le chapeau était trop grand, je ne me voyais pas du tout à la hauteur. J’étais à l’aise avec l’univers des résidences, mais de là à devenir responsable d’un Vieil Ami, à en faire un voyageur au long cours, je ne savais pas tout à fait comment prendre cela.

Puis, cette idée a fermenté dans ma tête. N’est-ce pas ça le sens profond de l’action des Petits Frères : mettre de la magie et du rêve dans la vie de ces personnes âgées ? Et si cela passe, dans mon cas, par une excursion personnelle hors de ma zone de confort, alors merci les Petits Frères, vous m’aurez apporté cela de plus!

 

Un complice qui adoucit le voyage

Après quelques démarches, Les Petits Frères m’ont trouvé un complice de voyage, Pierre. Et quel complice! Quelle équipe nous avons fait, partageant l’attention envers notre protégé et la logistique minimale qu’une telle escapade suppose : la valise, les médicaments, la marchette, le quadripode, la pompe, le chemin vers les toilettes et j’en passe. Et Pierre est un gars de solution, il a une expérience de vie formidable, des anecdotes, un sens de la décision, de la générosité, du gros bon sens et j’en passe. Désiré et moi, on en a profité.

 

Val-Brillant_3Le temps du départ… sous la pluie

Nous sommes donc partis un samedi matin du mois d’août, sous la pluie, du Luis Mariano qui joue à tue-tête dans la voiture des Petits Frères. J’avais préparé un lunch pour pique-niquer, mais il pleuvait trop. Dîner au St-Hubert de La Pocatière, pause santé au Bic, lentement mais sûrement, on arrive à Val-Brillant en Gaspésie.

 

Désiré, un homme qui s’émerveille et qui aime la vie

La route s’est tellement bien déroulée. Il faut dire que Désiré, c’est un homme toujours content, sincèrement reconnaissant des petites attentions comme des grandes, pas difficile, toujours prêt à l’émerveillement : la puissance d’un camion, la beauté d’un nuage, la grosseur d’une maison. Le tout, ponctué de ses intonations senties et communicatrices.

 

Désiré, la vedette du village

Les souvenirs de Désiré sont flous. On arrive à Val-Brillant et on cherche la maison paternelle. Une maison de bois, trois sœurs, deux frères, la famille de Désiré était en plein centre du village. Son père en était le barbier.

À Val-Brillant, il y a assez peu de passants. Quand on s’arrête, on demande quelques renseignements, qu’on nous donne mollement, jusqu’à ce qu’on mentionne que Monsieur, ici, est natif du village. Alors c’est le déferlement de noms et de surnoms cités, de liens de parenté évoqués, d’anecdotes entamées. Notre Vieil Ami se voit véritablement octroyer le statut de vedette.

 

Désiré devant l’église de Val-Brillant, Édifice de reconnaissance patrimoniale.

Désiré devant l’église de Val-Brillant, de reconnaissance patrimoniale.

Pourquoi Désiré s’appelle-t-il Désiré?

Nous sommes tout juste après les festivités du 125e anniversair de Val-Brillant. La ville tient son nom du curé qui fonda la ville. Parlant de curé, le portrait d’un célèbre curé est présent dans le salon de notre gîte : Désiré Michaud. Ce personnage, je le connais avant même de l’avoir vu. Ceux qui connaissent la petite histoire se souviendront que Désiré Bélanger n’était pas destiné à se prénommer Désiré. Sa mère Yvonne (décédée à 104 ans et 8 mois, en 2008) avait prévu le baptiser Gaétan. Mais Désiré Michaud en a décidé autrement. « Il y a eu plusieurs enfants ces dernières années, il est temps qu’il y en ait un, dans ma paroisse, qui porte mon prénom. » Ce qui fut dit fut fait, parlez-en à Désiré.

 

Retrouver des souvenirs au gîte du village

Et ce n’est pas le seul moment d’histoire qui nous attend dans ce salon du gîte. Sur la table, une photocopie de l’album des 100 ans de Val-Brillant (en 1989). Dans cet album, à la page 100, la photo du barbier. Mais ce ne doit pas être le bon, car au lieu de « Pierre Bélanger », le nom du père de Désiré, on le désigne comme « Gouram ». « Mais oui, Gouram, c’était son surnom », me dit Désiré. Il a fallu se rendre à Val-Brillant pour qu’on apprenne cela.

Souper dans un pub d’Amqui. Un pub ? Une première pour Désiré. Mais la bière artisanale, c’est garant des découvertes à venir. Retour vers Québec sous l’averse diluvienne. Pleins d’arrêts pour ramener le plus de photos possible du paysage, même sous la pluie.

 

Des ronflements à la hauteur du bonheur de la journée

Coucher tôt. Cocktail de pilules, ablutions sans histoire. Tard pour Désiré, mais trop tôt pour moi. J’irai lire sur la galerie en textant ma blonde et en lisant Mankell, scotch et cigare à la main. Quelques fois dans la nuit, je me réveillerai, écoutant la respiration de Désiré, trop puissante pour son gabarit. Pendant ce temps, Pierre ronfle, mais cette fois, avec une tonalité tout à fait en accord avec son gabarit. Je remets mes bouchons.

Au petit jour, c’est un Désiré sur le radar que j’accompagne à la porte de la salle de bain. Toujours bien mis ce Désiré : son pyjama a pas mal plus d’allure que le mien.

 

Changer ses habitudes et être heureux

Notre visite improvisée du parc d’éoliennes entre Val-Brillant et Rimouski.

Notre visite du parc d’éoliennes entre Val-Brillant et Rimouski.

Au déjeuner, il a fallu changer les habitudes de Désiré : pas de pain aux raisins comme à la maison. À la place, crêpes aux bleuets, fraises, framboises et crème anglaise. Pierre et moi, on se résigne aux bénédictines au jambon. La vie est dure!

Petit pèlerinage sur le bord du lac Matapédia. Enfin, je les vois ces trois îles mythiques que me décrit Désiré depuis que je le connais : l’île de la Croix, l’île à Brûlé et l’île Ronde. Beau grand lac que le lac Matapédia.

 

La grande aventure d’un retour dans le vent

Sur le chemin du retour, on est allé voir les éoliennes de près. Empruntant les chemins de terre, on est allé écouter le vent et voir les pieds des colosses fabricants de courant. On s’est perdu ! Deux heures !

On l’a finalement déballé notre pique-nique. Pas si chaud, mais quelle vue, sur la baie de Rimouski, à deux coins de rue de l’école technique où Désiré a fait son cours d’apprenti plombier.

Notre pique-nique. Il faisait froid, mais quelle vue, sur la baie de Rimouski, à deux coins de rue de l’école technique où Désiré a fait son cours d’apprenti plombier.

On l’a finalement fait notre pique-nique, dans un parc, sur le bord du fleuve à Rimouski. Les nachos et le chocolat de la station d’essence avaient calmé notre appétit, mais fallait le faire. On n’avait pas enduré l’odeur du camembert rustique sur 600 km pour ne pas y goûter. Sauf Désiré, évidemment, qui lui, n’a rien enduré : il n’a pas d’odorat. Si on pouvait encore en douter, les moufettes pendant le voyage en ont fait la preuve.

 

Rentrer seul à sa résidence, la tête pleine de souvenirs

Retour sur Québec sans histoire. On entre, on reconduit Désiré à sa chambre. On le laisse, fatigué, mais de toute évidence content et reconnaissant. Je le regarde, au milieu de sa petite pièce : il me semble petit dans ce décor pourtant pas bien grand. C’est le paradoxe tout de même. Pour Pierre et moi, c’est le moment de retrouver nos appartements et nos blondes. Pour Désiré, celui de se retrouver, lui, seul dans cette résidence pleine de monde.

Je pense bien, quand même, qu’il y aura des souvenirs nouveaux qui resteront avec lui longtemps. En tout cas, Désiré, nous, nous en avons des souvenirs. Nous avons compris encore un peu plus d’où tu venais, par où t’es passé. Nous te connaissons un peu mieux, t’aimons un peu plus.

 

Merci Désiré.
Francis Masse, bénévole des Petits Frères de Québec

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