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Les Petits Frères: la voix de ceux qui n’en ont pas

8 novembre 2017

Les Petits Frères ont présenté en octobre dernier au Secrétariat des aînés du ministère de la Famille un mémoire résumant ses préoccupations et ses recommandations en vue de l’élaboration du plan d’action Vieillir et vivre ensemble, chez soi, dans sa communauté, au Québec (VVE) 2018-2023. Nous avons saisi cette occasion pour être la voix de ceux qui n’en ont pas, les aînés les plus vulnérables du Québec, soit ceux qui sont âgés de 75 ans ou plus et isolés socialement.

Consultez le mémoire

Nous avons ainsi mis en lumière :

  • L’importance de distinguer les différentes cohortes qui composent actuellement le groupe des aînés, de même que les parcours spécifiques selon les genres.
    Pour que les actions soient en adéquation avec les besoins des aînés, il est crucial qu’une distinction conceptuelle et sociologique soit faite afin d’éviter l’homogénéisation sociale de ce groupe et d’empêcher ainsi la reproduction d’un âgisme systémique. Il importe de nommer et de distinguer les différences selon l’âge, de subdiviser le groupe des « aînés » et de préciser leurs spécificités.
  • L’importance de considérer l’avenir des personnes, quel que soit leur état, comme une marque de leur existence encourue et toujours vivante et de considérer le volet affectif dans la planification des soins pour le maintien à domicile.
    Les personnes de 75 ans ont des rêves et des passions et qu’elles possèdent un avenir devant elles. En portant notre regard sur cet avenir, sur leurs potentialités, même limitées, nous redonnons vie aux aînés et créons des espaces nouveaux d’échanges avec eux, de véritables ponts d’humanité et de solidarité intergénérationnelle. C’est pour cultiver ce regard que nous recommandons d’élaborer une campagne ou un programme de sensibilisation.
  • Les difficultés technologiques, voire l’exclusion numérique, que vivent les grands aînés.
    Les solutions numériques sont là pour de bon et présentent de nombreux avantages et efficiences qu’apprécient les citoyens. Nous appelons toutefois les autorités, et les grandes entreprises qui mettent en marché ces solutions, à concevoir et assurer le maintien de ponts d’accès parallèles qui permettent aux personnes atteintes d’incapacités d’accéder aux services qui leur sont destinés, à assurer l’accès individualisé et en personne aux services, afin que, malgré le grand âge et les barrières croissantes, les aînés fragilisés puissent continuer à exercer leurs droits.
  • L’importance pour les aînés de la planification de l’invalidité et de la mort, et leur peur de devoir être sous curatelle s’ils n’ont personne vers qui se tourner.
    Des efforts devraient être mis pour soutenir les aînés dans la préparation de leur testament et d’un éventuel mandat d’inaptitude s’ils ont une personne qui peut être désignée.
    Des moyens financiers devraient aussi être mis à la disposition des aînés qui souhaitent faire des préarrangements funéraires. Les sommes allouées par la RRQ devraient être disponibles en amont du décès pour que les aînés puissent choisir les rites associés à leur départ de cette vie. De plus, au nom de la dignité humaine, les aînés qui n’ont pas travaillé devraient avoir accès à des sommes pour effectuer de tels préarrangements et avoir droit à une sépulture adéquate.

Nous avons recommandé ces modalités de mise en action sociale :

  • une approche de « cubes de tendresse » ;
    Pourquoi ne pas lancer une campagne de « cubes de tendresse », ou de « cubes d’empathie » et faire la promotion d’une compétition pour cumuler des moments partagés avec un aîné ? Pourquoi ne pas faire de tous ces moments que chacun partage avec ses proches aînés, ou pourrait partager avec d’autres aînés, une grande vague de tendresse et d’empathie envers nos aînés dont nous nous disons solidaires ?
  • une grande concertation et mobilisation nationale de lutte à l’isolement (telle que MONALISA) ;
    MONALISA est un mouvement français innovant et national qui se construit grâce à des partenariats inédits entre la société civile et les instances gouvernementales dans un but commun : s’engager de façon concrète à contrer l’isolement social des personnes âgées par une réelle stratégie d’actions concertées. Une telle démarche, adaptée au Québec, ferait appel à la mobilisation nationale des mouvements régionaux et locaux dans la lutte contre l’isolement social des aînés du Québec.
  • une plateforme numérique pour veiller sur les aînés isolés et susciter un sens du voisinage ou encore favoriser les déplacements en autopartage.
    En réponse au besoin des communautés de s’adapter au vieillissement, mais également de lutter contre l’isolement des aînés, le CEFRIO a soumis, avec la collaboration des Petits Frères, au programme QADA 2017-2018 une proposition d’adapter et d’implanter le concept Voisin-Age. Ce modèle est mis en œuvre depuis 2009 par les petits frères des Pauvres de France et vise à établir des relations de proximité entre des personnes aînées socialement isolées, « les voisinés », et des habitants de leur quartier, « les voisineurs », dans un esprit de solidarité sociale, de respect et de liberté.
    Il serait également intéressant de créer un projet mobilisateur qui permettrait d’établir des relations de proximité entre les résidents d’un même quartier ou d’un même établissement par une approche de bienveillance envers des aînés isolés et vulnérables. Cette initiative permettrait de créer des occasions pour les personnes de toutes les générations ainsi que les aînés plus actifs, mais qui s’ennuient, d’offrir un service bénévole d’accompagnement en autopartage à leurs voisins moins autonomes, isolés ou vulnérables.

Nous avons demandé que :

  • soit déployé un statut particulier pour les organismes œuvrant auprès des aînés ;
    Les Petits Frères souhaitent que les organismes œuvrant auprès des aînés vulnérables puissent être reconnus comme acteur formel dans les soins et le réconfort prodigués aux aînés tout au long de leur parcours de vie. Ils souhaitent que les organismes ayant fait la démonstration de leur pertinence, ainsi que de leur rigueur dans la gestion des renseignements communiqués, puissent être reconnus officiellement comme ressources privilégiées et fiables dans la prestation concertée de soins auprès de ces personnes. Ce statut pourrait requérir des modalités de formation, de contrôle et de divulgation de certains renseignements, mais il faciliterait la collaboration des acteurs du continuum de services offerts aux aînés vulnérables.
  • soit revu le financement par projet afin d’assurer la pérennité des actions porteuses et concertées.
    Il est essentiel pour le gouvernement d’assurer un financement de base et à long terme pour des actions concertées entre les différents partenaires et pour des projets à succès afin que Les Petits Frères puissent poursuivre de façon durable leurs actions auprès des aînés et avoir un plus grand impact social et économique.

Nous sommes très heureux d’avoir pu ainsi faire porter la voix des aînés qui nous tiennent tant à cœur et qui sont parmi nous pour de nombreuses années encore.

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