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Le jumelage, enrichissant et utile

14 septembre 2018

Michel Guénette et Mme Clément

Choisir d’être jumelé avec une personne âgée est le résultat d’un cheminement, que certains ont déjà complété avant de faire du bénévolat chez Les Petits Frères et que d’autres réalisent en cours de route. Entrevue avec Michel Guénette, un homme de cœur très engagé dans la cause, qui a découvert qu’être jumelé était une suite logique de son histoire de vie.

Qu’est-ce qui vous a amené chez Les Petits Frères ?
J’ai travaillé comme préposé aux bénéficiaires auparavant, d’abord dans le système public et ensuite dans des maisons privées. J’ai de loin préféré travailler dans le milieu privé, où je me suis occupé durant plusieurs années de personnes en perte d’autonomie. J’en avais la charge complète, c’était très gratifiant et surtout beaucoup plus humain. Ça a été une des plus belles périodes de ma vie.

Quand est venu le temps de prendre ma retraite, je me suis demandé ce que j’allais faire de mon temps. Je suis tombé par hasard, durant le temps des Fêtes, sur un reportage avec Béatrice Picard, qui expliquait ce que font Les Petits Frères. Je pensais alors que Les Petits Frères des Pauvres, comme je les connaissais, étaient uniquement pour les pauvres. Je ne voyais pas trop ce qu’ils faisaient de différent et surtout ce que pourrait être mon rôle. J’ai compris en écoutant le reportage que l’organisme accompagnait plutôt les personnes âgées isolées ayant 75 ans ou plus, peu importe leur condition. Comme mes frères et sœurs ont tous l’âge d’être un Vieil Ami ou une Vieille Amie, ça ressemblait un peu à ce que je connaissais déjà. Je me suis dit que j’aimerais aller parler avec des gens âgés et donner de mon temps.

Mes frères et sœurs me trouvent chanceux de faire ce que je fais chez Les Petits Frères. S’ils n’étaient pas bien entourés, ils se disent qu’ils pourraient être dans la même situation que les Vieux Amis.

Comment avez-vous débuté chez Les Petits Frères ?
Je suis allé sur la rue Garnier et on m’a présenté dès la première journée à Hélène Lapierre, une intervenante. Le contact a été excellent, dès le départ. La semaine suivante, j’étais à l’accueil pour un dîner et j’ai bien aimé ma première expérience. Il y a tellement de choses à faire chez Les Petits Frères, ça m’occupait de trois à quatre jours par semaine. Hélène savait que je n’étais pas prêt à faire du jumelage. Je ne fermais pas la porte, mais je ne me sentais pas à la hauteur d’aller voir un Vieil Ami. Je m’imaginais à sa place, je me demandais si j’aimerais qu’un étranger arrive chez moi et vienne converser avec moi. C’est très intime, vous savez, la relation qu’on vit en étant jumelé.

C’est en conversant avec des personnes âgées, sans être jumelé, que j’ai découvert à quel point c’était enrichissant. Une fois que le lien de confiance est établi, elles en viennent assez facilement à parler d’elles-mêmes et de leurs expériences, qui sont souvent étonnantes.

Un peu plus tard, j’ai reçu un appel d’Hélène me demandant si je voulais visiter une dame, très seule et qui s’ennuyait énormément, qui habitait tout près de chez moi. J’ai accepté de la rencontrer, sans lui être jumelé. Le contact s’est très bien fait dès le début et j’ai décidé de retourner la voir régulièrement. Elle était très touchante, c’était une dame qui ressentait une grande gêne en compagnie des autres, qui sortait rarement de chez elle et qui recevait très peu de visites, d’où un grand sentiment d’isolement. Je l’ai accompagnée durant un certain temps, pendant la période où elle a graduellement perdu beaucoup d’autonomie. Elle a été transférée dans un CHSLD, où elle est décédée peu de temps après. J’ai ressenti tout un choc à son décès.

J’ai eu une période de deuil, à la suite de laquelle j’ai été jumelé à une autre dame, elle aussi en perte d’autonomie. Elle est très attachante, je l’aime beaucoup et c’est réciproque. La première fois que je suis allé avec elle à Oka, tout le monde l’a tout de suite aimée. C’est une personne très spéciale. Comme elle a un léger retard mental, il faut lui expliquer lentement les choses pour qu’elle puisse les comprendre, mais elle y arrive. Dans mon esprit, c’est comme si elle avait 14 ans. Elle fait beaucoup de très beaux dessins, ils sont extraordinaires.

Qu’est-ce que votre expérience chez Les Petits Frères vous apporte ?
J’ai le sentiment de faire quelque chose pour les autres, d’être utile. Ça m’a aussi donné la chance de rencontrer de très bonnes personnes parmi les bénévoles, d’ailleurs plusieurs d’entre eux sont devenus des amis. Il y en a certains que je ne vois pas souvent, mais quand on se voit, c’est la fête.

Je suis chanceux, j’ai un grand réseau d’amis. Je leur parle souvent de ce que je fais comme bénévole, particulièrement du jumelage. C’est un privilège extraordinaire et c’est devenu un de mes sujets de conversation. Plusieurs de mes frères et sœurs font désormais des dons aux Petits Frères, c’est leur manière de contribuer à la cause. Une de mes amies m’a dit un jour : « Je connais quelqu’un qui est accompagné par Les Petits Frères, mais elle n’a pas besoin de ça, elle a beaucoup d’argent. » Je lui ai répondu que ça n’avait rien à voir. On peut être riche, mais profondément seul. Je lui ai ensuite expliqué ce que nous faisions et elle a changé complètement d’attitude, à tel point qu’elle est par la suite devenue une donatrice mensuelle.

Dans ma tête, je n’en fais jamais assez. J’espère avoir la santé pour continuer très longtemps chez Les Petits Frères.

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